Rencontre avec Joêl LALES (2014)

 

 Après des études d’horticulture, J.L  arrive dans l’Yonne pour travailler à la coopérative de Charny. Directeur dev région chez 110 Bourgogne, il doit affronter en 1998 la suppression du poste. Il décide alors de créer son activité à Prunoy sur quelques hectares provenant d’une l’ancienne ferme que possède la famille de sa femme. Aujourd’hui sur environ 15 ha, avec 3 associés (dont un de ses fils), la production est  spécialisée dans la culture biologique de légumes (plein champ et serre), écoulée en totalité en vente directe (sur place et grace à 4 Associations pour le maintien de l’Agriculture Paysanne  AMAP). Son parcours politique commence comme conseiller municipal sous la direction de Roland Evrard, « un grand monsieur » qui est à l’origine de des  projets qui font la qualité de Prunoy : la Com.com de la Chantereine, première créée dans l’Yonne, qui a permis de réaliser des équipements en commun avec les communes voisinnes  le centre de loisir, la crèche, la déchetterie.Le développement a ainsi été équilibré sur la territoire des 3 villages de la Com.com : l’école à Villefranche Saint-Phalle, le centre de loisir à Prunoy, la salle de spectacle à Chevillon.. En 2001, il se présente comme maire. Réélu en 2008, il entame en 2014 son troisième mandat. Il nous a reçu le 24 mars dernier.

 

1 – Les raisons de sauvegarder le patrimoine bâti.

Pour J.L., le bâti ancien est le fondement d’une identité forgée au fil des siècles. Le bâti ancien modeste est aussi instructif que les bâtiments classés. Construit de manière pragmatique, il révèle les manières qu’avaient les anciens pour répondre à ce besoin primordial qu’est le logement. En outre, fait avec des matériaux pris sur place, il est économique et écologique sans le savoir. C’est l’opposé de la construction industrialisée actuelle qui, aux mains de quelques spécialistes et firmes de matériaux et de travaux publics, vise moins à loger les gens qu’à gagner de l’argent en construisant des pavillons de qualité souvent médiocre et qui, semblables sur toute la France, détruisent le paysage et la personnalité des terroirs.

 

2 – Les atouts et les obstacles d’un maire face au patrimoine bâti.

Comme élu, J.L. ne veut ni faire un aveu d’impuissance ni sous-estimer la difficulté de la tâche. Face aux autres acteurs impliqués dans un PLU intercommunal : ils ne partagent pas toujours le souci de défense patrimoniale. Face aux propriétaires : leurs intérêts individuels se heurtent souvent aux exigences de l’aménagement du territoire. Face à l’Etat : il conçoit les PLU avant tout comme des moyens de se désengager en transférant la charge aux Communes et aux Communautés

J.L. prend comme exemple la réglementation sur la défense contre l’incendie. Basée principalement sur l’utilisation des réseaux d’eau potable ceux-ci n’ont bien souvent pas un débit suffisant .C’est aussi un gaspillage d’une ressource précieuse que cette eau qui a été épurée et potabilisée . D’autres moyens existent comme les nombreuses mares déjà répertoriées .Pouquoi ne pas y ajouter quelques citernes soit fixes soit mobiles qui pourraient être transportées sur les lieux en cas d’incendie. …Cette réglementation, appliquée depuis peu dans les zones rurales, interdit de plus en plus fréquemment d’accorder des PC dans les hameaux éloignés du centre bourg, ce qui menace la perpétuation du patrimoine bâti vernaculaire.

 Les mêmes difficultés avec les mêmes risques pour le bâti ancien s’observent en matière d’assainissement. . Pour les installations privées, la loi sur l’eau leur impose les mêmes contrôles et le même degré d’efficacité qu’aux assainissements collectifs. Faute de remplir ces exigences, un projet de restauration (a fortiori de construction neuve) ne peut plus obtenir de PC. Cette réglementation est en outre très inégalitaire car elle impose des coûts supérieurs aux citoyens qui ne bénéficient pas de l’assainissement collectif. Sur ce point, les municipalités devraient anticiper pour gérer dans un ensemble unique l’assainissement public et privé. Cela se fait dans certaines collectivités par exemple dans la région de Rennes. Par ailleurs, on peut s’interroger sur le bien fondé des exigences de la loi sur l’eau quand on compare les pollutions des ménages avec les pollutions d’origine agricole et industrielle dont l’impact sur l’environnement sont nettement plus importants

3 – Le maire face au public et à l’administration.

Il est encore souvent difficile de faire comprendre que le tourisme et les résidences secondaires générent des ressources pour les communes hôtes. Une étude faite il y a quelques annéessur le canton de Charny a montré que 60% des activités économiques étaient générées par des résidents secondaires. L’attrait du patrimoine a beaucoup d’importance pour attirer les touristes. Il ne faut donc pas dilapider ce capital commun en ne maitrisant pas l’ubanisme et en cela les Plan Locaux d’Urbanisme  doivent etre un progrès. Mais les maires ont malgré tout peu de leviers pour que les gens construisent ou restaurent leurs maisons de manière à les intégrer dans le paysage. Pour les jeunes qui veulent construire, la tâche est encore plus rude car il faut surmonter les surcoûts inhérents aux techniques et matériaux cohérents avec le bâti ancien.

 

Rappelons que selon le Plan Climat Energie du  Pays, le revenu moyen des habitants de Puisaye Forterre est égal à la moitié du revenu moyen national mais les dépenses d’énergie y sont le double. La réhabilitation de l’ancien, outre son coût souvent supérieur, se heurte aussi au manque d’affinité de nombre d’architectes et d’artisans. Quant aux agriculteurs, pas facile de leur faire comprendre lors de la définition d’un PLU que le souci patrimonial n’entrave pas leur métier, ni sur le plan paysager ni pour la constructibilité… A cet égard, la création du CAUE 89 est une aide précieuse.

 

En outre, il y a le problème de l’adéquation entre les logements existants et les besoins. Ainsi Prunoy compte beaucoup de logements vacants dans le centre bourg. Mais ils sont difficiles à utiliser car leur taille, l’absence de jardin et de garage les rendent incompatibles avec les attentes des candidats au logement.

 

Quant au public en général, son intérêt pour le patrimoine n’est pas évident. Un exemple pour illustrer cette attitude. Les pommiers à cidre en bordure de route. Aujourd’hui, ils ne sont plus récoltés et ils gênent la circulation des cars scolaires et des camions de livraison. L’injonction d’avoir à les arracher et les replanter un peu plus loin pour élargir la route est mal comprise car elle ne correspond plus au mode de vie moderne. On peut déplorer leur disparition et tenter d’inciter a leur replantation encore faut il que nous nous remettions a boire du cidre ou du jus de pomme !Quelle nouvelle utilité sociale trouver à ces arbres de bord de route pour justifier leur maintien ?

 

 4 – La sensibilisation et la formation

La sensibilisation est nécessaire mais son impact ne peut être que lent. Pour le patrimoine, le risque est le même que celui qui guette l’agriculture biologique : rester un produit de niche pour personnes fortunées. Il faut que les gens découvrent que l’on peut faire autrement en vivant mieux, en s’empoisonnant moins et avec un surcoût faible. Dans ce but, l’approche esthétique n’est pas la meilleure, il vaut mieux parler économie en notant l’impact d’une « bonne » restauration sur la valeur patrimoniale et sur le coût énergétique. Mais ce n’est pas évident car de nombreux paramètres interviennent.

Et que dire des énergies renouvelables ? Pour les éoliennes en particulier, il n’y a pas de plan d’implantation sur Prunoy pour le moment. Mais  on ne peut faire fi des évidences : l’Yonne et en particulier une bonne partie de la Puisaye ont un potentiel éolien intéressant. Si les collectivités prennent l’initiative on peut ainsi se réapproprier et relocaliser la production d’energie.C’est un atout qu’on ne peu pas ignorer

 

Autre question brûlante pour les mairies : les églises. Prunoy n’a pas d’église car dans les années 1920, elle a été démolie faute de moyens  et sans doute de volonté pour l’entretenir. Mais le problème reste d’actualité auxalentours. Pour J.L., il faudrait adopter une approche par territoire qui permettrait de choisir les édifices que l’on garde et restaure .

 

5 – Les réglementations publiques en faveur des monuments historiques.

Prunoy compte un monument historique avec le parc du château qui est classé. La limite des 500 mètres passe dans le village. Cette réglementation n’a été ni une gêne ni une aide car l’ABF a eu une approche souple fondée sur une appréciation au coup par coup des nuisances en fonction de la position dans l’axe de visibilité. Ainsi le centre de loisir a pu être construit dans le périmètre des 500 mètres car il n’était pas dans l’axe de visibilité du parc.

 

6 – Patrimoine et PLU .

Le PLU ne comporte pas de clauses spéciales sur ce point. Quelques sites sont identifiés, tels que des arbres remarquables ou de petites constructionsmais sans plus. Encore une fois le raisonnement « utilitaire » prime. Pour le futur, J.L. a proposé comme action concrète de donner à tout porteur de projet la chance d’entendre un autre discours que celui des marchands de matériaux par l’octroi d’un « chèquier / carte pass » donnant droit à un entretien avec des organismes tels que le CAUE, Poléthic ou l’Espace Infor Energie.

 

J.L. attend beaucoup des opérations habitat qui vont démarrer sous l’égide du Pays de Puisaye-Forterre en remplacement de l’ancien syndicat d’amélioration de l’habitat de Puisaye Forterre. Des opérations programmées vont cibler l’habitat ancien avec possibilité de préciser les matériaux et les techniques à employer. L’opération TEPOS (terroritoire à énergie positive) peut aussi faire avancer dans ce sens en incitant les communes à promouvoir un bâti à énergie nulle ou positive. La sensibilisation des élus, qui est un facteur déterminant, pourra ainsi progresser.